Porsche Mission S vs Tesla Roadster

Comment présenter un prototype : Porsche vs Tesla

Vendredi 16 octobre, les européens fans d’automobile se réveillent avec deux nouveaux concept-cars biplace présentés aux Etats-Unis. Et il y a en même un qui serait capable de voler. Alors, autant vous dire que dans la conversation Cul De Sac, ça a chauffé !

Une même date, un même pays de présentation, seulement deux places et une orientation ultra sportive pour chacun. Et pourtant tout oppose la Porsche Mission S à la Tesla Roadster. Autant dans la forme que dans la manière.

Deux manières complètement différentes de présenter un concept-car qui arrivera en production dans les années à venir.

Porsche, le premier de classe

D’un côté, Porsche se la joue plus allemand que possible. Une communication sans un mot de trop, mais tout en transparence. Avec même une petite fuite presque parfaitement planifiée la veille de la présentation, comme pour faire monter l’excitation.

Des images tout au plus classiques mais qui parlent d’elles-mêmes. Rien que sur photos, la Mission S transpire la qualité de fabrication, l’émotion et la pureté des interactions avec son conducteur. On sent le côté « physique » des différentes commandes. En fermant les yeux on imagine la clé bien métallique à insérer dans un barillet et puis à faire tourner pour démarrer un moteur thermique. Ou encore ce « clac » mécanique du sélecteur de boite de vitesse qui se veut tout sauf la clé USB des 911 génération 992. En tout cas, c’est vraiment ce qu’on espère de ces images.

En une soirée, Porsche démontre qu’il sait jouer de son histoire pour présenter un prototype qui émeut ses fans et fait certainement sonner le téléphone dans les concessions de la marque. Bien qu’aucune voiture ne soit à vendre pour l’instant.

Tesla, la grande gueule du fond de la classe

De l’autre, chez Tesla c’est un show « à l’américaine » partagé dans une vidéo accompagnée d’un copy en trois mots. « Real life, Baby ». Oui, car des mensonges on en a déjà entendu tellement, qu’il faut absolument préciser que les images sont réelles. Encore que, l’intelligence artificielle et toutes les déclinaisons parodiques nous montrent qu’on ne doit absolument pas prendre des images pour argent comptant en 2026. 

Repartons du début : nous regardons la présentation de la Tesla Roadster. Il s’agit d’un coupé aux portes papillon. Oui, un coupé. Pas un roadster que vous pourriez conduire cheveux au vent. Il faut dire que la grande gueule du fond de la classe a rarement des bons points en anglais, et que « roadster » ça sonne cool. La voiture monte sur une rampe qui revient à 180° sur elle-même et envoie le Roadster-coupé dans les airs. C’est à ce moment-là que des réacteurs s’activent pour la faire pivoter et puis atterrir sur ses roues dans un nuage de fumée digne d’un décollage de la fusée Ariane.

Le temps pour nous de retomber sur terre également avant de creuser un peu sur le sujet. Première réactions dans la conversation ? « J’attends de voir la production et un test indépendant » et « Avec eux, j’attends toujours de voir la production ». Déjà, on ne peut ignorer la Tesla Roadster présentée en 2017 et qui allait soit disant être livrée aux clients en 2020 s’ils optaient pour une réservation de la version Founder Series moyennant un acompte de 250.000 €. Ceux qui ne mettaient que 50.000 € d’acompte attendraient encore un peu pour profiter de leur roadster électrique avec un toit ’targa’ capable de 1.000km d’autonomie et d’un 0 à 100 km/h en moins d’une seconde.

Reflex d’ancien employé Tesla : un rapide petit tour sur le site internet permet de se rendre compte que le vent des réacteurs souffle jusqu’aux pages web. On peut en effet y lire entre les lignes que la version présentée au monde entier en cascade s’appelle ‘Rocket’ et n’est ni homologuée pour un usage sur la route ni même disponible à la commande. Des prétentions un peu trop floues et orgueilleuses s’échappent de l’écran de fumée des réacteurs. Les textes de marketing plus bateau que jamais semblent avoir été écrits par cet ami qui se donne un genre en tant que fan de voitures, mais en fait ne s’y connait absolument pas. Mais, surtout, le premier Call to Action de la page Roadster c’est un bouton « Réservez ». Vous avez bien lu. Tesla recommence le modèle d’arnaque utilisé en 2017 avec la précédente présentation d’un Roadster : la possibilité de payer un acompte non remboursable (c’est aujourd’hui tout de même précisé) de 50.000 € ou 250.000 € pour pré-commander les versions ‘Performance’ ou ‘Thrust’. En un clic, une empreinte de carte de crédit et seulement 10j pour finaliser le paiement, vous voilà délesté d’une coquette somme d’argent sans même la certitude d’un quelconque retour un jour.

J’ai encore en tête ces deux clients rencontrés en 2018-2019 qui demandaient plus d’informations sur les modalités de livraison de leurs Roadster après avoir offert à Elon leurs 250.000 € cash. Je ne peux m’empêcher de penser à leurs réactions aujourd’hui, et me demander si leur sort ne pourrait pas empêcher l’arnaque qui est en train de se dérouler sous nos eux encore une fois huit ans plus tard.

En une soirée, Tesla démontre qu’il sait encore et toujours jouer avec les bourses de ses fans en présentant un prototype qui émeut et déclenche certainement une série de commandes, bien qu’une production semble toujours hypothétique. Parlons plutôt d’une levée de fonds.

Dans le fond, ils sont tous arrivés à leurs fins

Deux approches très différentes pour faire parler de sa marque, mais qui prouvent toutes les deux leur succès. Reste à savoir, pour quand vous présenterez votre propre prototype, dans quel clan vous irez vous ranger. Ceux qui n’ont pas peur de vendre du vent au risque d’un bad-buzz, ou ceux qui préfèrent jouer la sécurité et contrôler l’impact sur les médias. 

Roaster : définition

Nos amis Robert et Larousse s’accordent de suite sur deux caractéristiques principales qui définissent le type de carrosserie appelé roadster : 

  • Une absence de toit, du moins d’un toit fixe. 
  • Une architecture à deux places
  • Un certain degré de sportivité. 

Voilà, c’était juste pour le plaisir.